Le dernier voyage de Philomène

VÉRONIQUE –  Il était une fois une pauvre vieille femme usée par les ans qui se demandait ce que la vie pourrait bien encore lui révéler. Elle pensait avoir tout vu tant elle avait voyagé. Plus rien ne l’étonnait. Ça faisait maintenant douze années qu’elle habitait seule, à la lisière de la forêt. Après avoir goûté le repos des premiers temps de sa retraite, l’ennui avait fini par s’installer. Cependant, un beau matin…

MYRIAM – … alors qu’elle prenait son petit déjeuner en silence comme d’habitude, en regardant distraitement par la baie vitrée le paysage qui s’épanouissait devant elle, elle vit quelque chose passer comme un éclair dans les arbres verdoyants. Cette vision fugitive éveilla en elle un vague souvenir.  Elle se rappela à ce moment cet écureuil volant découvert lors d’un de ses séjours en Australie bien des années auparavant.

VÉRONIQUE – Mue par un soudain sursaut de curiosité, Philomène se leva, abandonnant tartines et café et sortit sans faire de bruit par l’entrebâillement de la porte vitrée. Devant elle s’étendait la forêt de Millefeuilles dans laquelle n’osaient jamais s’aventurer les promeneurs. En effet, des rumeurs et des histoires inquiétantes circulaient dans les campagnes à propos d’évènements étranges qui s’y seraient passés. Il n’y avait que Philomène l’aventurière pour avoir osé s’installer à proximité de ces lieux envoutants. En pyjama, avec ses chaussons bleus, Philomène avança avec précaution pour tenter de découvrir ce qui l’avait intriguée. Et là, à quelques mètres, perché sur une branche basse, il la dévisageait. C’était bien un écureuil volant mais il avait un tel air d’intelligence et d’humanité que Philomène en fut toute retournée. Brusquement l’apparition disparut mais un nouvel éclat de lumière sembla ouvrir une piste. Philomène entra dans la forêt.

MYRIAM – C’était le milieu de la matinée. Le soleil semblait jouer à disperser sa lumière sur les troncs des grands pins, si hauts qu’ils allaient toucher le ciel. Rassurée, presque joyeuse, Philomène sentit un frisson d’excitation lui passer dans le dos. C’était de nouveau l’aventure, la vie. Elle obliqua à droite pour s’engager dans un petit sentier qui serpentait entre les arbres immenses. Mais elle se rendit bientôt compte que le chemin qu’elle suivait se perdait dans la forêt. C’est alors qu’elle eut la sensation d’une présence à ses côtés.

VÉRONIQUE – En levant les yeux, elle vit l’écureuil volant qui l’observait de ses yeux malicieux. Son pelage roux était si lustré, si brillant qu’il avait bien pu refléter les rayons du soleil et provoquer cet éclat qui l’avait mise en route le matin.
– Bonjour, toi, se hasarda Philomène
– Cr cr crr
– Ah ça, tu m’as l’air drôlement futé ! Pourquoi m’as-tu attirée dans cette forêt qui ne m’avait encore jamais appelée ?
– Cr cr crr
L’écureuil semblait maintenant tout occupé à décortiquer l’écorce de l’arbre sur lequel il s’était installé.

MYRIAM – Philomène eut une impression d’inhabituel, d’étrangeté. Elle s’approcha tandis que l’écureuil continuait sa besogne. De temps en temps il hochait la tête d’un petit air comique qui amusait fort la vieille femme. Sans cesser ses tours malicieux, il eut bientôt gratté l’écorce sur un carré de douze centimètres environ au milieu du tronc. Alors, il frappa trois coups de ses petites pattes agiles. Aussitôt, la forêt retentit de dix mille bruits en même temps comme si chaque être qui l’habitait avait tout à coup voulu se manifester…puis le silence. Philomène retint son souffle et contempla avec stupeur le spectacle le plus étonnant qui se fut offert à ses yeux.

VÉRONIQUE – D’abord ce furent des lucioles qui envahirent le grand arbre qui abritait l’écureuil. Elles scintillaient en milliers de petits éclats lumineux et transformaient le sombre feuillage en ciel étoilé. Puis ce furent des papillons multicolores qui envahirent l’espace. Des araignées étirèrent des fils dorés au-dessus de la tête de Philomène et lui firent un dais majestueux. Puis une farandole de fourmis portant chacune un pétale de rose sortit d’un fourré. Chaque pétale fut déposé aux pieds de la vieille dame qui n’en croyait pas ses yeux Cela lui faisait un tapis moelleux. L’écureuil frappa encore trois coups sur son arbre magique et l’on vit arriver…

MYRIAM – … un grand aigle qui vint se poser majestueusement sur une pierre pleine de mousse qui faisait face à Philomène. Il inclina un instant la tête comme pour la saluer puis il se redressa de toute sa hauteur et, dominant du regard tous les animaux qui s’étaient rassemblés, il dit, et Philomène fut surprise de comprendre ses paroles :
–    Philomène, la bienveillante, fille d’Agathe la grande, sois la bienvenue parmi nous. Nous t’attendions.
–    Moi ? Mais pourquoi ?…

VÉRONIQUE – Tandis qu’elle se demandait ce qui lui arrivait, Philomène vit encore accourir au-devant d’elle des mulots, des oiseaux, des biches, des chevreuils, des lapins, des marcassins et tous les habitants des sous-bois de la forêt enchantée. Le grand aigle reprit la parole :
–    Cela fait longtemps que nous t’attendions pour régner sur notre forêt. Tu étais partie il y a bien longtemps et te voilà revenue. Ton grand voyage est terminé. Nous allons t’escorter jusqu’à ton palais.
Philomène suivit le grand aigle comme il l’y invitait et découvrit bientôt un merveilleux château. Une trompette retentit et les portes s’ouvrirent sur une cour intérieure. Une foule criait « hourrah » et applaudissait en accueillant sa souveraine.
Philomène comprit à ce moment qu’elle avait ce matin là quitté pour toujours sa maisonnette à la lisière de la forêt.

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