Où es-tu ?

« Où es-tu, Seigneur ?
Quand te trouverai-je enfin ?Ou-es-tu-1
C’est en vain que je te cherche
Et ma prière ne vaut rien.
J’ai frotté ma question
Sur l’écorce des arbres
Et leur habit fripon
S’est secoué de rire.
J’ai gémi une longue litanie
Au-dessus des mares
Reflets de mille miroirs
Mais je n’ai vu que du vide
Dans l’eau toujours limpide.
Le roseau a continué
Son doux balancement
Et ne s’est guère soucié
De moi plus longtemps.
J’ai lancé mon appel
Aux quatre coins du ciel
Il n’y avait que des sourds
Dans les alentours
J’ai promené mon cri
A ce coquin de vent
Qui alors lui aussi
Est resté indifférent.
J’ai dit mon désespoir
Aux minuscules brins d’herbe
Qui même sans le vouloir
Ne m’ont pas écouté.
L’écho de nos montagnesOu-es-tu-0
A alors résonné
De ma déchirante plainte
Sans cesse renouvelée.
J’ai élevé ma demande
Dans la fumée d’un feu
Mais n’ai reçu que peu,
Juste deux ou trois cendres.
J’ai répété ma quête
Aux premières gouttes de pluie
Qui, faisant les coquettes
Sont de suite parties.
J’ai murmuré mon chant
Aux étoiles si blanches
Et leur silence glacé
M’a démoralisé. »
« Homme qui me cherchais
N’as-tu donc pas compris
Que je me trouve partout
Là où souffle la vie ?
J’ai brisé mon rire en mille morceaux
Que j’ai dispersés
Dans les feuilles coquines
Et si tu avais mieux regardé
Les mouvements de l’eau
Tu aurais remarqué
D’harmonieux halos.
Quant au simple roseau,
N’as-tu pas reconnu
Dans son subtil refrain
Le rythme du divin ?ou-es-tu-2
Toi qui parlais du ciel
Sa surprenante beauté
Ne t’as donc pas subjugué ?
C’est moi qui soufflais
Dans le vent
Et remuais de vie
Les brins te chatouillant.
Je présidais les montagnes
Et leur sol est foulé de mes pas
Je ne suis pas un nomade
Mais réside partout à la fois.
Mon esprit s’échappait
Dans la fumée d’un feu
Tu en as récolté
Le signe délicieux.
Tu reprochais tantôt
La fuite de la pluie
Alors qu’elle faisait place
A un ciel d’angelot.
Et pour les étoiles
Tu les voyais blafardes
Alors qu’elles brillaient
D’un éclat de cristal.
Ainsi c’est moi
Qui fais toutes choses
Et pour ne pas être morose
Vois donc le monde avec mes yeux
Tu seras beaucoup plus heureux. »

Myriam Delvarre

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