Jim

Texte de Véronique

Le compagnon de ma fille s’appelle Jim. Il est noir, assez corpulent, un peu encombrant parfois car sa présence ne passe jamais inaperçue. Où qu’on aille, c’est toujours lui qui est remarqué en premier. Dans la rue, les gens se retournent, le regardent du coin de l’œil ou se font insistants mais lui passe son chemin sans la moindre affectation. Il est cool, il est fort, il impressionne !

Pourtant, certains jours, il est complètement crevé, batteries à plat, hors service si j’ose dire. C’est qu’il ne ménage pas ses efforts pour nous être agréable. Tantôt porteur, tantôt fonceur, il ouvre le passage. Socialement, il commence à être reconnu. Il a déjà ses places réservées dans quelques restaurants, au cinéma ou au supermarché. Nous sommes parfois un peu gênés de profiter de ses privilèges mais il est si persuasif !

Jim est vraiment un curieux compagnon et, je ne vous l’ai pas encore dit, Jim est un fauteuil roulant.

Texte de Myriam

 Jim est mon coursier. Je l’appelle et il m’emmène là où je veux aller. C’est à parler franchement un zélé serviteur, un trottoir le rebute mais rien ne lui fait peur. En viendrait-il même à ruiner sa santé, il irait n’importe où pour faire ma volonté. C’est lui qui m’accompagne dans presque tous mes déplacements et chaque jour il me montre le même dévouement. C’est un fier bolide et qui a belle allure. D’aucuns en parlent même comme d’une voiture. Et j’aime quand parfois, par plaisir et par jeu, nous filons lui et moi sur la route goudronnée, faisant naître au passage des regards amusés, pareils au conquérant et au jeune chien fougueux.

Mais sa complaisance ne se limite pas à ce seul domaine : veux-je un livre sur une étagère, regarder dans les yeux un voisin ou mon frère ? Le voilà qui se gonfle et s’étire et se met en peine. Jouant de l’accordéon, il s’enfle comme une baleine et me fait la courte échelle pour me hisser à bonne hauteur.

Hélas, mon pauvre Jim, ai-je cru qu’à être rapide, tu n’en étais que plus solide ?  C’est un pneu qui crève, un moteur qui s’enraye, puis les deux. Le fragile joystick craint les gouttes de pluie, il se retrouve à l’agonie. Qui veut voyager loin ménage sa monture, je le sais maintenant, sois-en sûr. Plus d’exploration aventureuse loin des terrains civilisés, c’est promis ! Je ne te mènerai plus par les chemins escarpés et éviterai soigneusement les cours en pavés ou en gros gravier. Je ne referai plus les erreurs de jeunesse et, sans mettre à l’épreuve ton adresse, je ne te demanderai désormais que ta pleine vitesse.