La balade en forêt

Texte de Véronique

Tout commence par les odeurs. Dès l’entrée en sous-bois, une séduction olfactive nous plonge dans un monde inhabituel, presque étranger. Et c’est à pleins poumons qu’on respire malgré soi, le nez en l’air, les yeux rivés sur la cime des arbres et les pieds se régalant des craquements qu’ils provoquent en se posant. Les senteurs nous enivrent de souvenirs d’automne, nous projetant déjà à la fin de l’été. Le séduisant parfum des bois, des mousses et de l’humidité nous ouvre le sentier qui s’enfonce en forêt.

Tandis que l’on pénètre en ce lieu ombragé, une intimidation nous appelle au respect, imposant le silence à toutes nos pensées. Nous voilà dépouillés.

« Tiens, une araignée ! »

On s’arrête un instant pour mieux la regarder. Tout en suivant le fil on découvre la toile et l’on s’étonne encore de sa fine tissure. Un peu plus loin, une colonie de chenilles attire notre attention. Massées au même endroit, les voilà décidées pour une procession. L’une prend la tête du convoi et, le croiriez-vous, chacune attend son tour puis vient se mettre en place dans le défilé. On dirait qu’elles ont répété. Complètement absorbés par notre étude, soudain, nous sursautons car un vol est passé au-dessus de nos têtes avec un cri perçant de volailles apeurées.

Puis le silence revient mais pas tout à fait car, après quelques temps passés dans la forêt, notre ouïe également semble s’être exercée. Nous entendons des bruits de feuillages froissés, de branchages craqués, un remue-ménage inquiétant puis un caquètement. Alors, le cœur battant de cette vie qui possède l’espace, nous voilà pris d’envie d’y ajouter nos voix. Répondant aux alarmes d’une faune que l’on a dérangée, nous chassons le trouble qu’elle a communiqué en chantant, en parlant.

Notre immersion est terminée.

Nous remettons nos sens en état de demi-veille et reprenons le cours de notre vie habituelle.

Nous quittons la forêt sans regret, enchantés de notre randonnée.

Texte de Myriam

Ah ! Se promener par un bel après-midi de printemps sur les sentiers couleur de terre, monter sur les hauteurs qui sentent bon le buis, l’humus et la fougère, respirer l’air qui court, exempté de frontière… Aujourd’hui la forêt nous offre l’univers.

Rien de tel que de progresser parmi les arbres verts, confondant notre vie à celle de ces géants qui, s’élançant vers le ciel au sein de l’atmosphère, nous font nous sentir libres dans l’infiniment grand.

J’avance précautionneusement sur le chemin inégal. Il a beaucoup plu hier, cet endroit-ci est plein de boue. Ici le sol est en dévers, là il regorge de cailloux. Passer à gauche, à droite, à gauche, slalomer entre les obstacles. Il faut éviter les ornières, jamais bonnes à un fauteuil roulant.

Cling, clong, cling, clong, ballottée guère plus qu’il ne se doit par les aspérités du terrain, je semble avoir trouvé ma vitesse de croisière. Je bondis vers l’avant, puérilement fière, quand quelque chose soudain arrête mon élan : une grosse racine, en travers du chemin. Je m’immobilise, regardant au loin le sentier qui se perd en un étroit lacet accidenté. Les autres me rejoignent bientôt et j’entends mon père formuler l’inévitable conclusion : il faut faire demi-tour.

Je jette un coup d’œil pensif au sombre paysage, me demandant où il me conduirait si d’aventure je l’empruntais, avant de m’éloigner, mais sans regret aucun.

Je garde dans l’esprit une collection d’images, d’instants et d’impressions glissées comme des fleurs dans les pages d’un herbier : la lumière du soleil filtrée par un nuage, le ciel se découpant entre les frondaisons, la nervure délicate d’une feuille de chêne, les couleurs éclatantes d’un début de saison…

Mais par-dessus tout ça, j’emporte une conviction : la belle certitude d’un vaste horizon.