La foi

Texte de Véronique

La foi est comme l’ouvrage de Pénélope lorsqu’elle attend le retour d’Ulysse. La foi se fait et se défait sans cesse.

Je l’embrasse avec bonheur dès la prière du matin pour partir du bon pied avec allégresse et entrain.

Tiens ! Ce matin il pleut… La poubelle est renversée… J’ai égaré mes clés… Je suis déjà mouillée… Je commence à m’énerver et ma foi se défait. Il me faut un redoutable effort pour sortir des récriminations, pour retrouver les mots d’une forte conviction. J’ai besoin de ma foi. Sans elle je ne serais jamais capable de continuer à avancer sur le chemin de l’adversité.

Je m’accroche à des paroles maintes fois répétées pour sortir de l’impasse de mes lamentations. J’en appelle à celui que j’attends, j’implore son retour. Je crois en son amour. Ma foi se rétablit. Je peux continuer à vivre une journée qui ne sera pas conforme à mes vœux mais qui me fera progresser, un peu, vers celui qui habite mes aspirations, vers ce jour qui verra le retour du Roi.

Texte de Myriam

La foi est une chose bien étrange qu’on a du mal à capturer car elle est faite de paradoxes, reflet changeant d’éternité.

Pour qui la connaît, rien de plus solide : elle est au fondement d’une cité que ni les tremblements de terre ni les folies de la guerre ne pourront jamais ébranler ; mais quand on la regarde de près, on s’aperçoit qu’elle est aussi fragile qu’une toile d’araignée qu’un coup de main peut balayer.

Pour qui l’a adoptée, rien de plus naturel. Elle est le principe immortel qui n’a nul besoin d’être expliqué. Elle est partout, pour tout, en tout. Rien ne demeure en dehors d’elle, tout vit vraiment à travers elle. C’est la plus grande des richesses qu’un être humain puisse posséder car elle englobe le monde entier dans sa douce fécondité. Qui la garde en son cœur jouit d’une corne d’abondance qui ne sera jamais épuisée. Mais tentez d’aborder le sujet de son existence avec ceux qui ne l’ont pas reçue, la voilà tout d’un coup réduite à rien ; ce trésor dont le déploiement vous donnait tout en plénitude devient peau de chagrin, sans plus de consistance qu’un fantôme et vous vous retrouvez aussi démuni que le plus pauvre des hères, abasourdi devant le néant béant qui tout à coup est apparu en place de votre vie.

La foi est présente de toute éternité : d’âge en âge, de siècle en siècle, elle n’a pas changé. Rien de plus constant qu’elle car si l’on veut goûter à sa félicité, on lui retrouve la même nature, la même force et la même volupté qu’on avait déjà éprouvées ; toujours elle s’offrira à nos âmes assoiffées. Mais quoi de plus mouvant aussi ! Qui peut se vanter de l’avoir attrapée, de l’avoir plantée dans sa vie sans qu’un instant elle n’en soit sortie ? Insaisissable, furtive comme un courant d’air, elle va et vient : nous devons sans cesse la ré-apprivoiser quand à nos yeux elle s’est cachée. Ainsi fait le soleil masqué par un nuage : le ciel s’assombrit et notre humeur aussi ; l’instant d’après, il reparaît, éclairant d’une note joyeuse tout ce qui nous entoure.

La foi est la clé du Royaume des cieux ; folie pour les Hommes mais sagesse de Dieu. C’est un guide effronté et pourtant le plus sûr. Il faut avoir le courage de croire et de le suivre, faisant fi des dangers que le monde nous susurre. Alors tout se fait lumière et beauté radieuse.