La mer

Texte de Véronique

« On va à la mer ! » Ces quelques mots d’enfant annonçaient une bonne journée. Nous la préparions dans l’excitation, pelles, râteaux, tamis, puis nous nous entassions dans la voiture pour une heure et demie de route. L’impatience qui nous gagnait de quart d’heure en quart d’heure s’atténuait un peu à la vue des premiers talus de sable qui annonçaient une arrivée imminente. Les yeux écarquillés, nous guettions le moment où nous verrions la mer. Juste avant, nous avions cette vision impressionnante, faite davantage de rêve que de réalité, de la route qui semble nous mener directement au ciel. On ne voit rien d’autre : un bout de route et le ciel et le cœur se dilate à l’idée de ce qu’il va enfin apercevoir.

Et puis c’est le parking… Les bras se chargent de tout un attirail spécifique réservé à ces mémorables journées : chaises pliantes, serviettes de bain, tapis de sol, ballons et cerfs-volants…

Quel défilé amusant pour atteindre une place au soleil, un espace qu’on s’approprie sur la plage ! Quel délice que de remuer les doigts de pied dans le sable chaud puis d’aller patauger dans les flaques oubliées par la marée ! Quelle fierté d’oser affronter les énormes vagues qui semblent vouloir vous avaler et viennent finalement mourir à vos pieds !

Il me reste des souvenirs heureux de vent dans les cheveux, de coquillages qui craquent sous les pas, de mouettes qu’on s’amuse à pourchasser et quelques souvenirs moins glorieux de sable qui cingle les mollets, d’angoisse à nager lorsque le rivage s’est trop éloigné, d’avertissements sur le danger.

Puis le temps passe et l’on grandit et la mer n’est plus ce qu’elle était. Le rythme incessant de ses allées et venues entraîne à la rêverie ; l’horizon lointain légèrement embrumé étreint et donne envie de voyager ; le soleil couchant déversant ses teintes enflammées séduit et fait méditer ; l’étendue des flots, leur immensité, font naître un profond désir de paix.

Le temps des jeux est consumé. Voici celui de l’intériorité.

Texte de Myriam

La mer : une image de carte postale, avec tant de gens allongés sur la plage, profitant des vacances comme un dû obligé.

Ce n’est pas ainsi que je me la représente. Si seulement je pouvais enfermer dans mes mots son vent qui souffle en continu, le cri des mouettes virevoltant sur ses côtes, et son odeur caractéristique qui vous chatouille les narines, annonçant à plusieurs mètres la présence de cette antique voisine, je n’aurais plus qu’à déboucher la bouteille de mes souvenirs pour vous faire sentir les rayons du soleil au-dessus du rivage et peut-être aussi la liberté intime qui me saisit à chaque fois que je jette les yeux sur l’infini du paysage.

La mer est une force brute. Je l’ai observée plusieurs fois prendre des galets entre ses vagues et puis les rejeter dans un mouvement inlassable effectué avec autant de fracas que si l’on avait mis en branle le mécanisme d’une gigantesque machine à laver. Les yeux fixés sur l’horizon, je contemple son immensité et ce spectacle me suffit pour goûter à la puissance sereine de ses étendues souveraines.