La vente à domicile

Texte de Véronique

La vente à domicile est une habile combinaison de circonstances organisées généralement par et pour des dames. L’une souhaite arrondir ses fins de mois, l’autre aime recevoir des amis, des cadeaux. Celle-ci veut faire plaisir, celle-là se sent plus ou moins obligée. Telle veut profiter d’une opportunité, telle autre est curieuse de quelque nouveauté. Tout ce petit monde se rassemble un jour chez une hôtesse avenante qui n’a pas hésité à ré-agencer l’espace dans sa maison pour mettre en valeur les produits spécifiques apportés par une présentatrice sympathique et convaincue.

L’heure est venue et l’on est satisfait si les personnes invitées ont fait l’effort de se déplacer. La démonstration peut commencer.

Quel que soit le produit, ustensile de cuisine, produit d’entretien, bougie ou soin du visage, tout semble magique. Les qualités des articles présentés nous émerveillent. L’ingéniosité des usagers s’échange et se transmet supplantant la meilleure des publicités. L’ambiance est conviviale, les explications séduisent, persuadent même, au point que nous saisit l’envie de tout acheter. C’est à ce moment précis que l’on découvre la fiche de tarifs qui nous avait été généreusement distribuée au début de la séance avec un crayon. Ah, le difficile calcul de tête pour faire entrer dans un budget serré tout ce que l’on vient de convoiter ! Ah, le choix cornélien avant de cocher au bon endroit une sélection d’objets dont la nécessité vient de nous être démontrée ! On en arrive inévitablement à se dire mentalement « Au diable l’avarice … » avant d’apposer une signature fataliste au bas des quatre pages d’un inévitable bon de commande. À la décharge de cet acte délibérément audacieux il faut savoir que si l’on n’achète rien l’hôtesse qui s’est mise en frais pour nous recevoir n’obtiendra aucun des privilèges annoncés. Difficile d’imposer une telle déconvenue à une copine !

Un verre de jus de fruits, un thé, un café, un petit biscuit… Ouf ! Voilà juste ce qu’il faut pour baisser la tension dans tous les esprits. Tout en dégustant quelques spécialités culinaires confectionnées pour la circonstance, les langues se délient et, tandis que l’on oublie la trésorerie dans un brouhaha de conversations et d’amusement, la présentatrice récolte le fruit de son travail. La réunion se termine dans la gaieté et l’on se sépare sur une note d’impatience à l’idée de réceptionner prochainement le colis qui va changer la vie.

Texte de Myriam

On prépare une belle table où les objets artistiquement disposés entraînent le regard et la curiosité et donnent envie d’aller voir de plus près cette vitrine alléchante. Fragrances exotiques, lumières tamisées, les arrivants seront accueillis dans une ambiance chaleureuse propre à les surprendre et à les dépayser. Dernier coup d’œil rapide sur l’installation : déplacer cette lampe, changer sa direction… les premiers invités entrent dans la maison avec une exclamation : « Comme c’est joli ici ! Que ça sent bon ! ».

Tandis qu’à intervalles irréguliers la chanson de la sonnette se poursuit, tous prennent peu à peu place sur les chaises prévues à cet effet, agencées pour l’occasion en arc de cercle. Il n’y a pas beaucoup d’espace pour circuler- il n’y en a jamais – mais qu’importe ! Tout à la joie de se retrouver, les membres de la réunion ne songent pas à bouger. Quand tout le monde est rassemblé, la démonstratrice commence sa présentation qui sera bien entendu émaillée de questions. Elle se montre enthousiaste, simple et inventive : un petit QCM pour débuter et voilà nos invités plongés dans le plus grand sérieux alors que grattent leurs crayons. On se passe les produits peu connus de mains en mains pour sentir leur parfum, découvrir leur texture. Chacun y va de son petit commentaire, répétant en écho des conseils de grand-mère, en réponse aux situations diverses auxquelles sont confrontées ses voisines. Les plus intéressées demandent des renseignements supplémentaires sur le produit, son utilisation, hochant la tête d’un petit air d’approbation en complétant leur annotation.

Puis c’est le moment de l’expérimentation personnelle. Dans une atmosphère informelle, les premiers audacieux usent de leur liberté pour s’approcher de la table aux merveilles et satisfaire leur curiosité. Les parfums se mélangent, les hôtes s’éparpillent. Quelques-uns se mettent à bavarder tandis que d’autres, plus concentrés, tentent de se repérer dans le labyrinthe de Dédale des références cataloguées selon la taille, la contenance, la forme, la couleur et l’ancienneté de l’article recherché. Heureusement, la démonstratrice peut passer leur jeter le fil d’Ariane qui va leur permettre de s’y retrouver.

Et pour terminer l’après-midi, les biscuits et autres pâtisseries confectionnés avec goût par l’hôtesse sont les bienvenus. La recette en est bonne, c’est une réussite. À quand la prochaine visite ?