Le lampadaire

Texte de Véronique

Le lampadaire ne manque pas d’air. Il est là, planté au milieu de ma route. Il me barre le passage mais ne dévie pas d’un pouce. Il me regarde du haut de ses trois mètres et sourit malicieusement de l’embarras que me cause sa présence. Il me faut en marchant garder ma vigilance car une inattention passagère me jetterait assurément sur son piédestal et je m’y écraserais le nez sans qu’aucune excuse de sa part ne vienne me consoler.

« Je suis là pour t’éclairer, semblerait-il me dire. Comment est-il possible que tu ne m’aies pas vu ? » Et moi, meurtrie, toute à ma déconvenue, je ne saurais que dire.

Le lampadaire, cependant, est l’ami des jours obscurs. Il diffuse sa lumière jaune sur les nuits noires, tentant d’imiter au-dehors la chaleur d’un intérieur douillet. Il ne sera jamais lampe de chevet, ni lustre de salon, ni flamme de bougie. Son halo, comme le rêve de Cendrillon, avec l’aube disparaîtra. Mais lui sera toujours là, prêt à l’emploi. Bien qu’inutile le jour, sa présence peu à peu se veut réconfortante. Pour l’avoir vu la nuit, l’on sait qu’aux heures sombres, il offrira généreusement ce qu’il est, ce qu’il a : une lueur pour rassurer, un peu d’éclat pour avancer.

Texte de Myriam

Avez-vous déjà fait attention à ce mât saugrenu qui se dresse le long des grandes avenues ? Comme un phare dans la tempête, un gardien qui veille en tenant haut sa tête, le lampadaire. Moi c’est dans les jardins que je le préfère. Lorsqu’au milieu des arbres et des allées bien ratissées, il offre un petit coin avec un banc tout près. Et l’on peut s’arrêter et puis se reposer pour une minute, pour une journée. On reprendra la route et sous le ciel changeant, lui restera là, aussi stable qu’avant ; aussi immuable semble-t-il que la nature elle-même. Comme un arbre planté nous prodigue son ombre, lui donne comme un sens à nos pas vagabonds ; car il a été fait par des mains humaines et la lumière qu’il donne, quoiqu’artificielle, est comme la chandelle au sein d’une maison. Après avoir pour un temps accueilli le marcheur de tous les horizons, il le verra partir sans plus de façon. Au carrefour des vies, il en a vu défiler ainsi ! Et si on peut lui trouver un air indifférent, c’est qu’il s’attend toujours à de nouveaux passants. Mais, secours dans la détresse, toujours offert, il éclaire. Quant à moi, je ne vois jamais sans une certaine tendresse un de mes amis lampadaires.