Les psaumes

Texte de Véronique

Selon la règle de Saint Benoît, les moines et les moniales sont tenus de lire les 150 psaumes de la Bible chaque semaine. Sans prétendre à une vie monastique, nous avons trouvé dans la psalmodie quotidienne de nombreux avantages spirituels. Les psaumes en effet révèlent, au fil des relectures successives, toute notre fragilité humaine prise en considération par l’amour de Dieu. Humains nous sommes au fil des jours, doutant, tombant, pleurant, et quémandant. Aimés nous sommes en retour recevant assurance, confiance, consolation et compréhension. Connectés à des millions de croyants de par le monde et de par les siècles, nous redisons avec eux les merveilles de Dieu.

Quelques versets extraits de cette source généreuse viennent ainsi nourrir mon esprit et me servent de point d’appui. Je les répète jusqu’à ce qu’ils pénètrent au plus profond de moi, annihilant les objections et les arguments que mon cerveau a emmagasinés et qu’il tente obstinément de m’imposer.

Lorsque les vents semblent contraires : « J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants. » Psaume 26,13

Lorsque le désir de me plaindre tente une percée : « La part qui me revient fait mes délices. » Psaume 15,6

Lorsque la peur de manquer s’infiltre dans le porte-monnaie : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien. » Psaume 22,1

Lorsque j’ai des raisons de m’inquiéter : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut ; de qui aurais-je crainte ? » Psaume 26,1

Lorsque des informations viennent agiter mon sentiment d’injustice : « Laisse ta colère, calme ta fièvre, ne t’indigne pas, il n’en viendrait que du mal. » Psaume 36,8

Lorsque je sens peser sur moi des jugements : « Qui regarde vers lui resplendira sans ombre ni trouble au visage. » Psaume 33,6

Lorsque la plainte et le désespoir se font accusateurs : « Hommes droits, à vous la louange. » Psaume 32,1

Lorsque je souhaite m’évader, me soustraire aux besoins des autres : « Il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis. » Psaume 132,1

Lorsque je me sens totalement impuissante : « Fais-lui confiance et lui il agira. » Psaume 36,5

Lorsque je m’imagine être l’artisan de mes œuvres : « Si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain. » Psaume 126,1

Oui, les psaumes sont des paroles de vie qui, loin de nous condamner pour nos faiblesses, nous invitent à trouver en Dieu tout ce qui nous fait défaut. Alléluia !

Texte de Myriam

« Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur ! Tout cela, ta sagesse l’a fait. » Psaume 103,24

« Mon cœur exulte, mon âme est en fête, ma chair elle-même repose en confiance. » Psaume 15,9

« Aux saules des alentours nous avions pendu nos harpes. C’est là que nos vainqueurs nous réclamèrent des chansons et nos bourreaux des airs joyeux. Chantez-nous, disaient-ils, quelque chant de Sion. » Psaume 136,2 -3

 Les psaumes dressent des tableaux, ils racontent une histoire. Le voyez-vous cet homme, un homme comme vous et moi, qui a un jour voulu s’attacher au Seigneur ? Il découvre sa bonté, son amour, sa grandeur qui lui remplissent le cœur et illuminent le regard qu’il porte sur toute la création ; il veut vivre pour ce bonheur.

Nous le retrouvons plus tard sur le chemin de cette vie. Ses projets n’ont pas abouti, son travail a été détruit, ses amis se sont enfuis, il est entouré d’ennemis, des vagues de tempête une à une se jettent sur lui. Qui n’a pas vécu cela, du moins en partie ? Mais lui se tourne vers le Seigneur, il s’en remet à lui car il a fait du Dieu tout-puissant le compagnon de son existence et c’est là toute la différence. Il éprouve colère, révolte, amertume, désespoir mais plus profondément il garde confiance en celui qui l’aime assez pour le sauver de tout.  « Rends-moi la joie d’être sauvé, de nouveau je rendrai grâce au Seigneur.» Psaume 50,14 ; « Malheur sur malheur pour le juste mais le Seigneur chaque fois le délivre. » Psaume 33, 20 ; « Comme des oiseaux nous avons échappé au filet du chasseur, le filet s’est rompu, nous avons échappé. » Psaume 123,7.  Et dans un mouvement continuel qui est propre à l’humanité, l’homme crie vers celui qui est son Dieu et reçoit toujours de lui secours, force, persévérance, paix et joie.

 Là, nous le voyons en proie à la culpabilité, écrasé par la tristesse et le dégoût qui enlève toute saveur à sa vie. « Ma faute est toujours devant moi. » Psaume 50,5 ; « Moi, je suis un ver, pas un homme. » Psaume 21,7. Cependant, il ne peut plus totalement oublier la lueur d’espoir qui s’est allumée en lui au moment où le Seigneur lui a révélé son amour et qui lui murmure à présent de prier dans la confiance. Alors il s’avance, misérable et petit, vers celui dont la majesté est plus grande que les cieux, le Saint des saints, qui est son ami, son père. C’est ainsi qu’il chantera « Il m’a guéri, ma chair a refleuri. » Psaume 27,7 ; « Tu as changé mon deuil en une danse, mes habits funèbres en parures de joie. » Psaume. 29,12.

C’est la nuit. La guerre a fait des ravages, la ville est aux mains de l’ennemi. Le temple saint, la maison du Seigneur, a été profané. La défaite est consommée. L’homme est déporté avec des compagnons vers une terre étrangère, à Babylone. Isolé, exilé loin de sa nation, coupé de son passé, le voilà dans un lieu et parmi des gens pour lesquels il n’est rien, où même la dignité de son Dieu, tout ce qui lui est sacré, se trouve bafouée. Sait-il seulement encore qui il est ? Dans le repli de son âme, il s’entretient avec le Seigneur qui lui montre alors par je ne sais quel moyen plein de douceur combien sa grandeur est inaltérable, combien son règne est véritable même en pays hostile et étranger et comme il n’a rien perdu de sa tendresse pour son serviteur, son enfant, son ami.

 « La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu. » Psaume 97, 3

Les psaumes, c’est l’expérience inouïe et quotidienne de la relation de l’homme avec le Dieu des dieux, le dialogue sempiternel du Seigneur avec l’homme. C’est une immense carrière de pierres, un terrain boueux et morne, mais dont la plus petite roche a la limpidité du cristal, mais dont le mont le plus ordinaire recèle un filon d’or. Oh, pouvoir lire cette parole à la lumière de la Vérité ! Alors chaque mot éclaire, alors chaque verset nous rend plus riche qu’une bibliothèque tout entière.

« Plus désirables que l’or, qu’une masse d’or fin, plus savoureux que le miel qui coule des rayons. Aussi ton serviteur en est illuminé, à les garder, il trouve son profit. » Psaume 18 b, 11-12.